
Shuvai Nyoni:
- l’APS est une plateforme destinée à susciter un débat ouvert entre intellectuels publics africains de divers horizons sur les questions d’actualité liées à la paix, à la sécurité et au développement en Afrique.
- Les discussions sur l’avenir de la paix et de la sécurité en Afrique continuent de résonner dans les couloirs de l’ALC. Certaines de ces questions ont fait l’objet d’accords et de désaccords. Cette initiative vise à repenser la conversation intergénérationnelle africaine en mobilisant une diversité d’intellectuels pour s’adresser à un espace continental. Cet espace continental exige un regard neuf, un nouvel espace mondial pour débattre des conflits africains.
- …l’agenda sécuritaire dans la sphère mondiale place l’Afrique au cœur des incertitudes mondiales… L’APS entend répondre aux puissances mondiales afin de promouvoir l’agenda continental en matière de paix, de sécurité et de développement.
- …l’APS mobilisera la puissance intellectuelle africaine afin de repenser la réponse du continent à sa marginalisation sur la scène mondiale.
Prof. ’Funmi Olonisakin:
- …imaginer un avenir alternatif qui ne se limite pas à des élections portant sur des individus et des acteurs isolés. Selon l’analyse de la littérature et des réponses politiques, il n’existe pratiquement aucune réflexion nouvelle sur les modèles d’interventions extérieures. Il est donc nécessaire de développer de nouvelles réflexions et de nouvelles approches.
- Comment créer des États qui servent la collectivité et non une minorité ? Comment l’Afrique peut-elle échapper à la double tragédie de la déinstitutionnalisation par la « miliciarisation » et par l’imposition de modèles externes ? Comment les sociétés africaines peuvent-elles recréer des États pacifiques ?

Prof. Medhane Tadesse:
- Ceux qui détiennent les instruments de guerre dans les régions se retournent souvent contre ces mêmes régions, fréquemment par le biais d’activités commerciales prédatrices menées par divers acteurs. Ceci est étroitement lié à la politique étrangère. La politique étrangère de nombreux États africains est souvent louée ou détournée par des acteurs extérieurs.
- La question la plus urgente au Soudan est de savoir comment mettre fin à la guerre. Toutefois, les enjeux exogènes et endogènes rendent la situation complexe.
- Le problème ici est que la plupart des factions en guerre ne sont pas intéressées par la fin du conflit au Soudan. Elles s’intéressent plutôt à l’économie politique des ressources extractives au Soudan. La bataille pour le Soudan se joue au sein de l’appareil coercitif de l’État. Cela s’inscrit dans une destruction de longue date des processus démocratiques au Soudan
- Il est essentiel que nous réfléchissions à l’Afrique que nous voulons. Quel type d’Afrique souhaitons-nous ? Où va l’Afrique ?
- …le discours politique dépasse les élites puissantes, et nous devons insister sur la nécessité de repositionner et de repenser la réponse du continent à sa marginalisation dans l’arène mondiale, en modifiant notre propre perception et notre définition des intérêts. Il existe des contradictions dans le discours dominant.
- L’Afrique doit être capable d’agir comme un bloc, car tant qu’elle reste fragmentée en poches isolées, le néocolonialisme continue d’influencer la situation sur le continent.
- L’Afrique n’a jamais connu un moment aussi propice. Un changement considérable est en cours : une population extrêmement jeune, dotée de compétences technologiques et intellectuelles. La croissance entrepreneuriale en Afrique, notamment au Soudan du Sud, est immense. Mais comment mobiliser ces ressources ?
- Penser à l’unionisation comme moyen d’amplifier les voix, une approche plus appropriée, un discours applicable de manière large en Afrique et au Soudan du Sud.

Ambassadeur Dr. Francis Deng:
- L’optimisme est un défi… dans la crise, il existe des opportunités d’optimisme.
- Pour comprendre la crise d’identité nationale sous un angle historique, il devient clair que le Soudan et le Soudan du Sud étaient en déni face à un système de classes contrasté, dans lequel les Arabes ou ceux qui pouvaient s’identifier à une origine arabe étaient considérés comme supérieurs, jouissant ainsi d’un statut de respect et de dignité. En revanche, ceux nés Africains étaient jugés inférieurs et devenaient donc des cibles légitimes pour l’esclavage ou l’asservissement.
- …ce qui se passe actuellement au Soudan et au Soudan du Sud… est la continuation des crises étatiques passées.
- …[Il y a] un besoin de valeurs culturelles africaines, de concepts africains et d’un constitutionnalisme qui reconnaît les contextes et institutions africaines afin de comprendre le fonctionnement de l’État au Soudan/Soudan du Sud.
- Quel cadre institutionnel peut accueillir l’unité d’un pays aussi diversifié que le Soudan/Soudan du Sud – une seule nation dotée de systèmes multiples ? Nous devons définir nos propres démocraties centrées sur les citoyens, et non sur les chiffres ou les élections. Nous perdons l’essence de la nation lorsque nous nous concentrons uniquement sur les chiffres et les élections.
- …la mondialisation doit s’accompagner d’une localisation permettant d’intégrer également les valeurs africaines fondamentales, de sorte que l’Afrique rejoigne la communauté internationale en tant que ce qu’elle est réellement et en offrant ce qu’elle souhaite apporter.
- Nous pouvons œuvrer à construire une nation qui reconnaît la diversité, s’appuie sur des valeurs communes et adopte une approche régionale.

Aluel Atem:
- Le cas du Soudan du Sud illustre des dysfonctionnements structurels, systémiques et institutionnels alimentés par l’intérêt personnel… La dysfonctionnalité du Soudan/Soudan du Sud est conçue intentionnellement ; elle n’est pas le fruit du hasard.
- Ma génération occupe une position unique pour tracer la voie du Soudan du Sud. Nous sommes nés dans la résistance militaire active. Il y a beaucoup à apprendre de cette expérience ; être témoin d’une transition issue de cette libération.
- Il faut déplacer le débat de « qui doit nous représenter » vers « est-ce que ces structures et institutions fonctionnent pour nous ? Ont-elles été conçues dans l’intérêt du peuple sud-soudanais?

Donald Deya:
- Il est nécessaire de mettre fin à la transition sans fin, car au vu de ce qui se passe actuellement, on peut conclure que l’intention n’a jamais été d’y mettre fin… compte tenu de l’ampleur des souffrances actuelles au Soudan/Soudan du Sud. Le carnage est immense, et l’arrogance des voyous qui s’autoproclament généraux est choquante.
- …il est essentiel de renforcer l’interconnexion entre communautés et sociétés afin de contrecarrer l’interconnexion égoïste des dictateurs, car il est difficile d’examiner les questions et intérêts des pays africains de manière isolée.
- Les jeunes ont mis en place des voies innovantes de réponse d’urgence. Les généraux se tirent eux-mêmes dans le pied. Ces dirigeants se moquent de l’équité intergénérationnelle. Il faut davantage d’audace et de détermination pour faire face à la situation au Soudan.

Mdme Hanna Tetteh:
- Transitions politiques complexes au Soudan/Soudan du Sud, centrées sur la protection des groupes dirigeants plutôt que sur la cohésion populaire.
- Les élections ne doivent pas être perçues comme la fin du processus de transition, car les élections en elles-mêmes n’octroient pas la légitimité, qui ne peut être conférée que par le peuple… Les événements au Kenya, au Ghana et ailleurs sur le continent montrent que les élections ne confèrent pas nécessairement la légitimité.
- Les défis du Soudan et du Soudan du Sud enseignent que la première priorité est l’intégration africaine afin d’obtenir un règlement politique qui contribue au développement interne de l’Afrique et à ses partenariats externes.
- Dans les zones de conflit comme le Soudan/Soudan du Sud, il y a toujours eu une séparation entre les dirigeants et les citoyens. Une fois qu’un accord est conclu et qu’un consensus est atteint, les citoyens n’ont plus de rôle actif dans le processus. L’accent est mis sur la protection des dirigeants de groupes, et non sur la réunification du peuple. Il est donc crucial que ceux qui aspirent à diriger fassent preuve d’un leadership inclusif.

Barney Afako:
- Les situations au Soudan et au Soudan du Sud [sont perçues] comme une marginalisation systématique de groupes, une violation des droits des citoyens et du droit de se mobiliser. La stabilité se manifeste lorsque les questions socio-économiques sont débattues dans des espaces partagés.

Catherine Vitaliano:
- Le Soudan/Soudan du Sud a besoin d’un développement progressiste qui libère son peuple, piloté par des technocrates.
- Au Soudan, 52 % du budget national est consacré aux dépenses militaires, mais il n’existe aucune sécurité humaine.
Ambassadeur Youssef Mahmoud:
- Il est important d’établir des interconnexions continentales et des dialogues intergénérationnels.
- La pensée orientée vers le présent implique changement et réforme ; nous devons en faire une priorité. Nous ne pouvons pas prédire l’avenir, mais nous pouvons perturber le présent.

Ambassadeur Manoah Esipisu:
- L’histoire actuelle dans notre région est que les gens accèdent au pouvoir et s’oublient une fois en poste. Il n’est pas nécessaire d’y rester indéfiniment. Nous avons besoin d’une mobilisation collective pour développer des pays où les citoyens, les organisations de la société civile et la communauté internationale jouent efficacement leurs rôles respectifs.

Yaw Nsarkoh:
- Le Soudan peut être résumé comme un problème africain ; si nous résolvons ses problèmes, nous pourrons régler les problèmes plus larges du continent.
- Les questions soudanaises doivent impliquer un éloignement des élites et un retour vers le peuple, qui doit être au cœur de la conversation… car ce sont les citoyens qui sont les véritables moteurs du changement.
Dr. Dawit Toga:
- La consolidation de la paix repose sur la négociation politique ; il est donc nécessaire de repenser les approches afin de relever les défis à venir.

Dr Sonja Theron:
- Le peuple soudanais devrait décider comment il souhaite être gouverné, plutôt que de se contenter de choisir qui le gouvernera.

Professeure Eka Ikpe:
- Nous avons été mis au défi. Que faisons-nous des espaces que nous occupons ? Nous disposons d’un grand pouvoir, et beaucoup a déjà été accompli. Nous sommes réunis aujourd’hui pour lancer l’APS. C’est une opportunité de regarder en arrière et de réfléchir.
- Il est essentiel de reconnaître qu’un système mondial extractif et profondément inégalitaire affecte le continent africain. Il faut porter attention aux systèmes et aux structures plutôt qu’aux individus – et se concentrer sur le processus de leadership.